Rêverie en Adagio – Streetart par PolarBear Stencils, Paris

À la fin de l’Allegro, elle mit en pause sur son écran l’interprétation par l’orchestre de Radio France du Trio n°4 en si bémol majeur de Beethoven. Elle prit son violoncelle dans ses mains délicates, s’assit, inspira et commença de jouer l’Adagio. Les notes berçaient sa chambre d’un calme mouvement de balancier. Elle s’attardait sur les quatre premières mesures, dont elle savourait les yeux fermés la quiétude, allongeant le frottement de l’archet sur les cordes et répétant leur dialogue indéfiniment.

La musique, lui semblait-il, vivait à présent seule, hors de l’invocation de son instrument. Alors seulement, la suite du morceau se déroula, et permit à l’écoulement du piano et de la clarinette de se joindre à la rivière mélodieuse sans tumulte. L’air jouait dans la tête de la fillette, et comme depuis une vieille barque, elle se laissait porter par lui et suivait paisiblement son cours, contemplant la beauté de la berge couverte d’herbe verte, laissant ses mains apprécier la fraîcheur de l’eau qui passait là.

Dans sa rêverie, le jour finissant recouvrit discrètement les couleurs du soir. Les lumières de la maison familiale commençaient à briller dans l’obscurité et guidèrent son retour. À mesure qu’elle se rapprochait, le trio recommençait avec une étonnante proximité qui n’était plus l’œuvre unique de son esprit. Doucement, elle pénétra dans le salon tamisé d’où les notes du morceau s’échappaient et vit ses parents jouer complices les portées du génie viennois.

À cette pensée, ses yeux se rouvrirent doucement alors qu’elle reprenait sur son violoncelle le thème de l’Adagio dans ses ultimes mouvements. Et de la pièce voisine, elle entendit que le piano et la clarinette avaient entonné avec elle l’air selon son allure, tandis que le morceau s’achevait dans cette lente résolution sans crise.


Œuvre  magnifique de PolarBear Stencils trouvé sur une vieille porte rouillée au Pré-Saint-Gervais.

PolarBear & la quiétude de l’enfance

C’est la première fois que je voyais ce sujet de l’artiste, qui traite régulièrement le thème de l’enfance (histoire précédemment publiée ici). Comme souvent en streetart, la beauté de l’œuvre tient ici tant à la grâce paisible de cette jeune musicienne qu’à son support abîmé. Son violoncelle m’a immédiatement fait penser à une scène incroyable dans le film de Coline Serreau « La Crise ». Portant bien son nom, le film s’ouvre sur vingt minutes stressantes, au cours desquelles le héros, interprété par Vincent Lindon, perd successivement son job et sa femme, sans parvenir à obtenir l’attention de ses proches. Cette introduction éprouvante trouve un moment de calme dans une scène de musique classique, dans laquelle un trio interprète un morceau de Beethoven. C’est cette harmonie et cette quiétude que raconte l’histoire de cette jeune fille au violoncelle ci-dessus, que l’on imagine volontiers se préparer pour une audition ou un concert.

Beethoven : Trio n°4 en si bémol Majeur op.11

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