L’Absence – Streetart par en.2o, Paris

– Ô mon tendre ami, quelle soirée délicieuse nous avons passé !
– Mon Amour, vous lui avez donné toute sa saveur ! Nous nous apprêtons à nous dire au revoir et déjà je rêve de vous retrouver.

Il récitait tout cet échange merveilleux d’une délicatesse appartenant à un temps révolu, fragilité d’une rencontre, de sa beauté, de son ivresse agréable… grâce accordée par des cieux subjugués retenant leur souffle à une plume légère élisant son attache entre des mains patiemment offertes, dévouées à recueillir un trésor inestimable.

– Où donc, où donc étiez-vous tout ce temps ?
– N’entendiez-vous pas, ma mie, mes sentiments appeler dans la nuit ? Je marchais vers vous.

Ses yeux fatigués, ridés d’un mince sourire ému, se promenaient dans cette pièce emplie de leurs échanges. Ces tableaux, dessins, livres, meubles et luminaires… témoins d’un foyer qu’ensemble ils avaient allumé. Ses yeux lueur saline rejouaient devant lui les rires, les pleurs, les décisions, les joies, les danses, les enfants, les baisers, les tendresses invisibles, les vies d’une vie.

– Je dois rentrer à présent, il m’est impossible de retenir ce jour qui ne pense qu’à fuir.
– Courons plus vite que lui et prenons sa lumière pour toujours !

À travers l’écran, l’actrice à l’éternelle jeunesse déposait dans l’âme du spectateur âgé le souvenir d’un doux regard en noir et blanc, promesse de proches retrouvailles et d’union que rien, pas même le dernier soir, ne pourrait défaire. Et suivant de ses pas le rythme des violons enchanteurs, qui parfumaient par leur chant le passage dans l’éternité de leur scène favorite, celle qui disait avec le plus de vérité leurs émotions mutuelles, il se rendit dans leur chambre devenue solitude, ouvrit l’armoire d’une poignée de velours, soucieux de ne point briser le charme et l’harmonie d’un instant insaisissable, et prit dans sa main tremblante la manche de l’une des robes rangées là. La portant à sa bouche, il l’embrassa et s’en couvrit le visage, inspirant profondément son odeur à ses sens si familière et, dans cette intimité parfaite, sanglota.

– Tu es là, mon Aimée.


Œuvre sublime d’en2o, avec tous mes remerciements à @mickael_nonine qui m’a aidé à localiser l’œuvre.

Évocation du passé grâce à la craie

Il y a dans les œuvres d’en2o une magie, celle du transport dans une ambiance appartenant au passé. Ses portraits, sorte d’apparitions fantomatiques, sont rares à Paris. J’avais eu précédemment l’occasion de publier l’une de ses œuvres, qui se trouvait Place des Vosges et qui a depuis disparu. Le texte s’appuyait sur ce sentiment du passé convoqué par le style de l’artiste pour parler de la mémoire d’un être disparu. C’est le même sujet qui a inspiré le texte présent. Thème peu évident à traiter, mais que la délicatesse du portrait guide dans l’évocation pudique de l’absence. Le final est inspiré par une scène issue de l’excellente série « Shtisel », dont l’écriture et la mise en scène sont d’une très grande finesse.

À la mémoire de Françoise.

C’est où ?

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