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04/02/2018

Survivre par la mémoire – Street art par en2o Place des Vosges, Paris

Contre l’un des murs de la salle à manger, se tient une vitrine. De verre et de bois, discrète, décorée de dorures, elle sert de musée familial.
Trois vitres, taillées sur les côtés, refermées par une planche de bois recouverte de velour, découvrent une exposition permanente, accumulation de trésors au fil des générations, preuves que les Anciens ne sont pas si loin que l’on pourrait croire.

À l’intérieur, la vie d’Empire. Service à thé de poupées en porcelaine fine, rouge gorge empaillé, petits porte-monnaie de soie, montre à gousset, coquillages, anciens francs et soldats napoléoniens de plomb, manifestement revenus du front.

La vitrine est surmontée d’un plateau de marbre sur lequel, entre deux vieux chandeliers et une horloge mécanique se trouve une photo encadrée, celle d’une jeune femme.

Tout à la fois douce, calme, le regard décidé, la tenue et la sobriété d’un autre temps, ce portrait se démarque magnifiquement de la collection de souvenirs rassemblés dans la vitrine.

La photo a pour sujet la Beauté. Le tirage en noir et blanc rend un hommage délicat à cette belle enfant, dont les nombreux talents et qualités sont vantés aujourd’hui encore par ceux de sa famille qui peuvent encore parler d’elle.

Une Beauté capturée, dont le souvenir imprimé sur ce simple cliché, traverse les aléas de la vie, de la famille, de l’Histoire.

Des personnes qui siègent aujourd’hui régulièrement dans cette salle à manger, pour y partager un repas ou pour y discuter, aucune n’a jamais parlé avec elle et pourtant tous savent ce qui s’est passé : elle a été prise, emmenée, et elle n’est pas revenue.

Combien d’âmes comptent sur notre Mémoire pour vivre et se transmettre ?


Streetart par en2o

Ce texte est une occasion d’évoquer la très belle chanson du chanteur russe Vladimir Vyssotski (1938-1980) « он не вернулся из боя », « il n’est pas revenu du combat ».

IL N’EST PAS REVENU DU COMBAT

Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourtant rien n’a changé :
toujours le même ciel, de nouveau bleu
La même forêt, le même air, la même eau
mais lui n’est pas revenu du combat.

Je n’arrive plus à savoir qui avait tort ou raison
dans nos querelles incessantes des nuits sans sommeil.
Ce n’est que maintenant qu’il me manque,
maintenant qu’il n’est pas revenu du combat.

Il se taisait abruptement, et chantonnait à contre-temps,
il changeait sans arrêt de sujet,
il m’empêchait de dormir, il se levait aux aurores,
mais hier il n’est pas revenu du combat.

Ce vide que je ressens n’a rien à voir avec nos conversations.
Soudain j’ai compris qu’avec lui on faisait la paire.
C’est comme si une bourrasque avait soufflé mon feu
quand il n’est pas revenu du combat.

Le printemps emprisonné s’est soudain libéré
Je lui ai lancé un « Tu as de quoi fumer, l’ami ? »
mais seul le silence a répondu.
Hier, il n’est pas revenu du combat.

Nos morts ne nous abandonnent pas dans le malheur
Ceux qui sont tombés sont comme des sentinelles
Le ciel se reflète dans la forêt comme dans une eau
et les arbres se teintent de bleu.

On avait bien assez de place pour deux dans notre abri
Le temps s’écoulait pour nous deux.
L’un de nous a tout gardé, seulement il me semble
que c’est moi qui ne suis pas revenu du combat.

(source traduction)

ОН НЕ ВЕРНУЛСЯ ИЗ БОЯ

Почему все не так? Вроде все как всегда:
То же небо – опять голубое,
Тот же лес, тот же воздух и та же вода,
Только он не вернулся из боя.

Мне теперь не понять, кто же прав был из нас
В наших спорах без сна и покоя.
Мне не стало хватать его только сейчас,
Когда он не вернулся из боя.

Он молчал невпопад и не в такт подпевал,
Он всегда говорил про другое,
Он мне спать не давал, он с восходом вставал,
А вчера не вернулся из боя.

То, что пусто теперь, – не про то разговор,
Вдруг заметил я – нас было двое.
Для меня будто ветром задуло костер,
Когда он не вернулся из боя.

Нынче вырвалась, будто из плена, весна,
По ошибке окликнул его я:
– Друг, оставь покурить! – А в ответ – тишина:
Он вчера не вернулся из боя.

Наши мертвые нас не оставят в беде,
Наши павшие – как часовые.
Отражается небо в лесу, как в воде,
И деревья стоят голубые.

Нам и места в землянке хватало вполне,
Нам и время текло для обоих.
Все теперь одному. Только кажется мне,
Это я не вернулся из боя.

C’est où?

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