Pourquoi l’art est dans la rue ? L’appel à la Liberté de Codex Urbanus

Pourquoi l’art est dans la rue ? C’est à cette vaste question que s’attaque Codex Urbanus dans cet essai d’une centaine de pages. L’artiste prend le temps de la réflexion et nous offre une approche limpide et méthodique pour comprendre ce phénomène sans précédent dans l’histoire de l’art qu’est le street art.

Tout le monde adore le street art…

Je ne sais pas comment vous avez découvert le street art, mais je parierais volontiers qu’il y a derrière votre rencontre avec celui-ci une expérience singulière ! Je vous invite d’ailleurs à la partager en commentaire de cet article.

« le lien du street art se fait directement entre l’artiste et le passant, sans qu’aucun expert, aucune autorité, quelle qu’elle soit ne puisse y dire ou y changer quelque chose » – Pourquoi l’art est dans la rue, Codex Urbanus (p.112)

En ce qui me concerne, c’est un peu par hasard, un soir d’août, après une journée de boulot trop remplie, que j’ai décidé de rentrer à pied à la maison (billet à ce sujet). Cette balade fut l’occasion de me perdre dans les rues du Marais et ainsi de commencer à prêter attention à ce que les murs avaient à raconter. Ce qui m’a plu dans cet exercice, c’est d’imaginer pour chaque pièce croisée dans la rue l’histoire qui allait avec (lire l’à propos de ce blog). Autrement dit, le fait de voir de l’art dans la rue – ce superflu nécessaire comme le nomme Codex Urbanus  – fut pour moi une invitation à regarder différemment un ensemble de voies, de murs et d’immeubles que je voyais au quotidien. Une expérience de Liberté.

… sans pour autant savoir de quoi il s’agit !

Or qu’affirme-t-on lorsque l’on dit s’intéresser au street art ? Il y a tellement de choses diverses et variées dans la rue, que l’expression street art est devenue fourre tout. Des grandes façades du 13è arrondissement, aux oeuvres sans cesse renouvelées de la rue Desnoyez, d’une série de portraits de c215 comme Illustres autour du Panthéon ou du bestiaire de Baudelocque à Châtelet-les-Halles aux expressions idiomatiques de Jaeraymie : on a tendance à regrouper sous un même vocable des réalités différentes. Dans cette rapide énumération, on peut distinguer a minima

  • l’art sur commande et l’art vandal,
  • mais aussi des techniques différentes (bombe, pochoir, collage, pastel…)
  • et des approches territoriales variées (espace autorisé, spot rendez-vous des artistes, essaimage en plusieurs points de la ville).

Toutes les formes d’expression artistique que l’on voit dans la rue ne sont pas nécessairement du street art. Codex nous explique comment y voir clair, en se détachant du piège manichéen bien / pas bien. Ce n’est pas parce que ce n’est pas du street art que c’est mal, bien, moche, beau, digne d’intérêt ou pas. Et à l’inverse ce n’est pas parce que c’est du street art que c’est mieux ou moins bien. C’est juste qu’il faut savoir ce qui en est et ce qui n’en est pas.

« s’il n’y a qu’un seul critère à retenir pour différencier ce qui est du street art de ce qui n’en est pas, c’est celui de l’illégalité » – Pourquoi l’art est dans la rue, Codex Urbanus (p.49)

couverture de l'essai de codex urbanus "pourquoi l'art est dans la rue ?"
Couverture de l’essai de Codex Urbanus « Pourquoi l’art est dans la rue ? » chez Critères Editions

L’importance de discerner pour ne pas se faire avoir

C’est tout le génie de cet essai synthétique : expliquer simplement, avec le ton caractéristique de l’auteur, les raisons d’être du street art et ensuite examiner ses critères. Impossible après avoir fini cette lecture de ne pas penser à la façon que l’on avait jusque là de regarder et d’évaluer ce que nous appelons street art.

« J’ai l’impression que tous ces témoignages, tous ces essais, sont au mieux des bribes de vérité, au pire une ré-institutionnalisation d’un mouvement qui s’est précisément construit pour échapper à cela » – Pourquoi l’art est dans la rue, Codex Urbanus (p.4)

Mais ce ne serait pas faire honneur au livre de Codex Urbanus que de se borner aux aspects descriptifs de ce mouvement artistique. Son essai va naturellement plus loin. En effet, parce que le street art est populaire et attire à lui un public toujours plus large, il convient de savoir se repérer au milieu du buzz des artistes, des experts, des réseaux sociaux, des galeries… Comme toute activité humaine, le street art a ses lettres de noblesse et ses travers.

Dans cette perspective, l’approche méthodique proposée par l’auteur nous invite à nous questionner et à comprendre ce qui relève du street art et ce qui relève de l’effet Canada Dry. La clarification sur la catégorie street art est ainsi nécessaire à Codex Urbanus pour lui permettre de mettre en avant son véritable enjeu : la Liberté.

« Tout ce qui compte, tout ce qui fait l’essence, l’originalité, la nouveauté et la fraîcheur du street art, c’est sa putain de liberté. » – Pourquoi l’art est dans la rue, Codex Urbanus (p.109-110)

Le livre de Codex Urbanus est à mettre entre toutes les mains de ceux qui s’intéressent au street art

Le livre est très riche. Pour soutenir sa thèse, l’auteur mobilise une vision de l’Histoire, celle de notre pays et celle de l’art, sa portée politique et sociologique, et dresse le portrait des acteurs du street art, ainsi que de ses manifestations. Il explore intelligemment les écueils qui nous viennent spontanément lorsqu’on parle street art : le rapport à l’argent, l’engagement politique, l’absence d’unicité formelle… On peut ou pas adhérer aux propos de l’auteur. Il prévient lui-même le lecteur : c’est sa vision et charge à chacun de faire ses devoirs ! En revanche, on doit reconnaître qu’il a mené un travail de synthèse remarquable, somme de réflexions présentées de façon claire, accessible et souvent drôle.

J’ai trouvé cette lecture passionnante et serais curieux de savoir ce que vous en avez pensé. Rendez-vous dans les commentaires, sur ce blog ou sur les réseaux sociaux. Bonne lecture et bonnes balades !


« Pourquoi l’art est dans la rue ? », par Codex Urbanus, chez Critères Editions (18€)

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