Ne Crois Pas – Street art par Banksy au Bataclan, Paris

Ne crois pas le monde une auberge – créée
Pour se frayer chemin par la griffe et le poing
Vers la table où l’on boit et l’on bâfre, tandis
Que regardent de loin les autres, les yeux glauques,
Défaillant, ravalant leur salive, serrant
Leur estomac que les crampes secouent,
Ô ne crois pas le monde une auberge !

Ne crois pas le monde une Bourse – créée
Afin que le puissant marchande avec le faible
Pour acheter leur déshonneur aux filles pauvres
Et aux femmes leur lait nourricier, aux hommes
La moelle de leurs os, leur sourire aux enfants,
Rare Apparition des visages de cire,
Ô ne crois pas le monde une Bourse !

Ne crois pas le monde une jungle – créée
Pour les loups, les renards, rapine et duperie,
Le ciel – rideau tiré pour que Dieu ne voie rien,
La brume – afin qu’au mur nul regard ne te fixe,
Le vent – pour étouffer les plus farouches cris,
La terre pour lécher le sang des innocents,
Ô ne crois pas le monde une jungle !

Non, le monde n’est point auberge, Bourse ou jungle
Car tout y pesé, tout y est mesuré,
Nulle goutte de sang et nul pleur ne s’effacent
Nulle étincelle en aucun oeil ne meurt en vain,
Les pleurs deviennent fleuve et le fleuve une mer
Et déluge la mer, l’étincelle tonnerre,
Ô ne crois pas qu’il n’est Juge ni jugement !


Street art par Banksy – Poème Yiddish « Ne Crois Pas » (מיין נישט), par Itzhak-Leibush Peretz (1852-1915).

Lors de sa visite en juin 2018 à Paris, l’artiste a laissé une série d’une dizaine d’œuvres dans la rue. Il est possible de voir ces œuvres comme un commentaire de notre monde contemporain, de ses paradoxes, de ses contradictions, de ses violences. Parmi ces violences, l’artiste a choisi de rendre un hommage au Bataclan aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Le pochoir qu’il a laissé sur la porte de sortie de secours de la salle de concert n’est pas évident à interpréter : une pleureuse, une apparition fantomatique ? Il reste que cette représentation, simple et pourtant détaillée, silencieuse, est touchante et invite au recueillement. Pour illustrer cette œuvre, j’ai choisi le poème de Peretz, « Ne Crois Pas » (traduction depuis le Yiddish) : ses mots sont d’une force redoutable.

C’est où ?

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