Un… Deux… Trois… Lumière ! – Streetart par Bordalo II, Paris

La nuit tombée, la créature se glissait derrière le muret qui domine la route et guettait les voitures. Quand une candidate s’arrêtait au feu rouge en-dessous, elle bondissait hors de sa cachette, se plaçait sur le muret où elle prenait une pose menaçante sous la lumière du réverbère. Son ombre terrifiante se projetait démesurément grande sur le mur d’en face, qui borde la voie où s’arrêtent les véhicules. À chaque fois, un succès : l’auto et ses occupants prenaient peur et bravaient l’interdit du feu rouge pour échapper au prédateur nocturne.

Une nuit, elle prit position pour se livrer à son jeu favori. Un véhicule de présenta et s’arrêta au feu rouge. Elle bondit comme à son habitude sur son muret sous le puissant éclairage afin d’effrayer l’automobiliste avec son ombre gigantesque. Mais rien ne se passa. Le feu changea de couleur, l’auto resta là.
Étonnée, elle descendit et fit le tour de son muret pour inspecter ce visiteur sans peur. À peine arrivée en face du véhicule, le moteur de ce dernier fut coupé et ses phares s’éteignirent.

Hésitant entre frousse et curiosité, la petite créature s’avança prudemment, fit quelques pas à peine, quand soudain, les phares de la voiture se rallumèrent. Elle se figea immédiatement dans sa posture et ne bougea plus d’un poil. La voiture semblait évaluer son immobilisme et constatant l’absence parfaite de mouvement, les phares s’éteignirent.
Elle tendit son museau et renifla timidement pour humer l’ambiance de cette scène étrange, puis, se prenant au jeu, se décida à se rapprocher un peu plus encore du véhicule, à petits pas.

Un… Deux… Trois… : lumière !
Les phares s’allumèrent à nouveau et la créature devint aussi statique qu’une statue, ses pattes arrêtées dans leur mouvement de balancier tel un hiéroglyphe. Un court moment passa.
Les phares s’éteignirent une troisième fois. Cette fois, le petit primate courut la courte distance qui le séparait de la voiture et atteignit le dessus du capot de l’engin, où, sautillant, il leva ses petits bras au ciel en signe de victoire.

Derrière son pare-brise, assis à son volant, le lémurien constatait ahuri la facilité avec laquelle il avait apprivoisé ce petit d’homme sauvage.


Street art par Bordalo II rue Watt à Paris.

« Accord de Paris » : exposition à la Galerie Mathgoth

L’artiste portugais revient à Paris pour son exposition « Accord de Paris » à la Galerie Mathgoth, du 26 janvier au 2 mars 2019. Il en a également profité pour réaliser deux superbes installations dans le quartier de la galerie : un lémurien Rue Watt, illustrant cet article, et un hibou, Boulevard du Général d’Armée Jean Simon. Foncez, c’est magnifique !

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