Pénombre de René Char – Street art par Groove, Paris

« J’étais dans une de ces forêts où le soleil n’a pas accès mais où, la nuit, les étoiles pénètrent. Ce lieu n’avait le permis d’exister, que parce que l’inquisition des États l’avait négligé. Les servitudes abandonnées me marquaient leur mépris. La hantise de punir m’était retirée. Par endroit, le souvenir d’une force caressait la fugue paysanne de l’herbe. Je me gouvernais sans doctrine, avec une véhémence sereine. J’étais l’égal de choses dont le secret tenait sous le rayon d’une aile. Pour la plupart, l’essentiel n’est jamais né, et ceux qui le possède ne peuvent l’échanger sans se nuire. Nul ne consent à perdre ce qu’il a conquis à la pointe de sa peine ! Autrement ce serait la jeunesse et la grâce, source et delta auraient la même pureté.

J’étais dans une de ces forêts où le soleil n’a pas accès mais où, la nuit, les étoiles pénètrent pour d’implacables hostilités. »


Œuvre de Groove – Pénombre, René Char, Fureur et mystère, Gallimard, 1948.

Groove compte parmi mes artistes préférés ! Son trait fluide, coloré, simple est reconnaissable entre mille. Ses visages, tantôt multitude, tantôt superposés, souvent le regard vers une étoile en point de fuite, ou ses oiseaux chantants, évoquent des sujets poétiques. Ici, c’est un texte de René Char que j’ai choisi pour illustrer son œuvre. Ce texte mêle magnifiquement les thèmes de la promenade en nature et de l’introspection humaine. Les œuvres de Groove dans la rue se prêtent aisément à la citation d’œuvres je trouve. Voici les exemples publiés par ailleurs sur ce site et qui empruntent à la tragédie grecque, à la dystopie, ou encore à l’élément biographique. Le street art de Groove a également été pour moi l’occasion de composer deux textes : un billet d’humeur sur la foule, ainsi qu’un poème en trois actes, méditation sur le thème du Temps.

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