La Gifle Urbaine – Streetart par Artiste Inconnu, Paris

Trois ans, j’ai traversé ces rues au plus pressé, comme un maître passe en revue le chantier de fouilles qu’il méprise à force de le côtoyer. Arpenter son étendue, de la sortie du métro à mon bureau puis dans l’autre sens, en saisir les voies et leur enchainement, et, en une semaine de temps, figer pour la suite des jours ouvrés l’optimisation de mon passage en son dédale. Avec les autres ouvriers de cet ouvrage ignoré, nous nous croisons par centaines dans ses allées chaque matin et chaque soir. Entre nous, aucune coordination des tâches. Nos avancées parallèles confinent à l’économie du nombre de nos pas plutôt qu’à l’échange entre compagnons. Tous avons à l’esprit la journée qui s’annonce ou celle qui s’est finie, occupation dont l’ajout des jours aux jours confirme le dédain que portons aux chemins qu’empruntons.

Mais l’empilement des jours vaut parfois coupe qui se remplit. L’ultime goutte de mon vase suscita un picotement du côté de l’envie de prendre l’air, des suites de la gifle que je recevais d’une main bien urbaine, m’offrant charitablement de souligner l’insolence de mon quotidien et de son ordinaire. La marque qu’elle imprimait dans la mémoire de ma joue agit depuis comme une boussole des sens. Le tracé des rues est inchangé, les parcours sont devenus multiples. Avec les autres explorateurs, nous nous croisons parfois, arpentant l’étendue du chantier de fouilles, vérifiant ses moindres recoins, en quête des signes laissés par les civilisations éphémères. Le site révèle aux maîtres qui l’aiment ses trésors ; murs et pavés crient leur existence aux archéologues libérés de leurs obligations contractuelles diurnes. Et, à présent, c’est à pas ralentis, que je scrute les rues, depuis trois ans.


Street art par artiste inconnu

Vers les Halles ces derniers temps, j’ai vu apparaître quelques unes de ces mains, laissées comme traces sur les murs après avoir trempé dans la peinture. J’en ai également aperçu d’autres vers Montparnasse. J’aime beaucoup cette manifestation d’art rupestre sur les murs de Paris. Voir ces mains rappelle sans doute plus encore que pour d’autres modes d’expression artistique, que le street art n’est pas nécessairement affaire de pochoirs, de collages, de grands noms. Cette expression anonyme cherche simplement à dire une présence, humaine tout comme celle qui la décèle. C’est ce que raconte ce texte qui résume ce que l’art urbain a apporté au regard que je porte sur la rue depuis que j’ai fait sa rencontre.

C’est où ?

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