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le bestiaire d’ardif

La Grande Coupure a emporté le monde proto-évolutionnaire. Les populations animales hybrides dominent à présent la Ville des Lumières et les espèces se répartissent ses quartiers. C’est l’avènement de l’ère mécanico-vectorielle.

Les textes sont librement inspirés des oeuvres du talentueux Ardif dont vous retrouverez le bestiaire sur sa galerie Instagram et sa page Facebook.

#EPISODE 1 Introduction à l’ère mécanico-vectorielle

“Les enfants, vous procèderez à la coupe longitudinale de l’animal. Je vous rappelle le but de l’exercice: apprendre à distinguer les périodes zoologiques organique et mecanico-vectorielle.

Vous vous souvenez ce qu’on a vu lors de notre précédente session pédagogique sur la vie. L’affaiblissement de ce qu’on appelait jadis la biodiversité a conduit au développement d’hybrides reproducteurs. Ces derniers étaient lâchés par milliers dans la nature afin de redéployer les populations animales, chacune selon son espèce. De parfaits vecteurs de fertilisation!

Bon évidemment, tout ça, comme vous le savez, s’est mal fini du fait de la Grande Coupure. C’est là qu’on a perdu tout contrôle sur cette faune mécanique. La suite vous la connaissez: c’est la raison pour laquelle vous avez tous un scalpel en main!”

#EPISODE 2 La sagacité des fourmis

L’Homme avait disparu. Toutes traces de sa présence ne pouvaient que décrépir dans la Ville Lumière. Certes elle était intacte. Mais les pas des gens pressés ne résonnaient plus dans ses rues. Ils avaient été remplacés par le cliquetis de la faune mécanique.

Claquant le pas de l’armée disciplinée, les fourmis suivaient leur chef. Entre craquelures dans le mur, réclames anciennes, filets d’eau: la première ouvrait la voie et les suivantes reproduisaient à la patte près le chemin tracé.

C’est elles qui occupaient pour le moment la partie nord de ce marais désolé. Mais elles se tenaient sur leurs gardes. Les crapauds s’étaient établis dans l’ouest du quartier et venaient régulièrement se nourrir chez leurs voisines.

Un mal pour un bien. Oui, la vigilance était de mise. Mais les pertes causées par le voisin bêtement affamé n’effaceraient jamais leur rôle incontournable. C’est elles qui se chargèrent de supprimer l’alimentation électrique durant la Grande Coupure. A cette occasion, les fourmis se taillèrent une place de choix dans le règne animal de l’ère mécanico-vectorielle.

#EPISODE 3 Alliance improbable sur la Butte

Loin de là, dans le secteur de la Butte, s’était nouée une étrange entente entre la ruse et l’élégance. Les forces proto-evolutionnaires, celle des humains et leurs espèces de soutien, maintenaient une forte pression sur les portes Sud de la ville. Tel fut le cadre de cette alliance de circonstance entre renards et flamants roses.

Les renards, anticipant leur future acquisition territoriale lors de la préparation de la Grande Coupure, s’enthousiasmèrent pour la réserve de quincailles de la Butte. C’était la plus importante de la ville et donc un élément stratégique à l’ère mécanico-vectorielle. Le commerce et ses revenus leur étaient assurés.

Les flamants quant à eux s’intéressaient au traffic des grands axes, celui du Nord plus spécifiquement. Par cette voie transitait quotidiennement l’huile des moulins que le travail de leurs longues pattes transformait en lubrifiant unique. Gare à celui des habitants mécaniques de la ville qui négligerait ce produit. Sans lui, leur corps serait rouillé et leur mouvement notablement réduit.

A eux deux, ces alliés imprévus, tenaient les ressources stratégiques de la faune clinquante locale nouvellement installée. Leur cohabitation se nourrissait d’une espérance commune: celle de faire croître leurs affaires indispensables, tandis que d’autres assureraient leur sécurité.

#EPISODE 4 Nager parmi les quartiers

L’ère mécanico-vectorielle était bien installée. Les espèces articulées avaient chacune trouvé leur territoire et le Conseil qu’elles formaient était parvenu à assoir leur domination sur la Ville des Lumières.

Il se trouvait cependant une espèce sans attache géographique définie. Leur déplacement ondulé, aérien, leur œil ouvert à tous degrés, matonien: les poissons erraient solitaires, tristes d’aspect, à travers la ville, laissant trainer leurs récepteurs de ci de là.
Plutôt qu’une police instituée, ils offraient leur service de surveillance comme mercenaires auprès de ceux qui avaient orchestré la Grande Coupure, et qui détenaient à présent la réalité du pouvoir. C’était là leur rente et leur protection.

Aussi n’etait-il pas rare d’entendre parler d’arrangements entre surveillants et surveillés. Étrange système. L’avènement de l’ère mécanico-vectorielle s’opérait dans le mépris des valeurs proto-évolutionnaires. La faune clinquante ne connaissait que le calcul et ignorait la morale.

#EPISODE 5 La guilde des voleurs

le chat mécanique d'ardif à paris vers alesia

Tout dans la Ville des Lumières n’était plus que marchandage et bassesses. Les espèces mécaniques cohabitaient sans se croiser, et limitaient leurs échanges à la stricte nécessité. En réalité, chacune convoitait le pouvoir sur la ville pour s’accaparer ses richesses. Mais la perspective d’une escalade de violence généralisée dont aucune espèce ne sortirait vainqueur neutralisait pour le moment tout passage à l’action.

Les combines allaient donc bon train. Et à ce jeu, les chats des quartiers Sud, se distinguaient par leur agilité. Comme personne ils savaient se faufiler, s’inviter, furter dans tous les quartiers, toutes les maisons, tous les repas. Ils cultivaient le don du vol à la tire, chipaient sur toutes les étales, dérobaient toutes les caches et réserves secrètes de leurs voisins.
Par leurs activités, les chats avaient accumulé un grand butin. Et les talents de cette guilde des voleurs ne tardèrent pas à séduire les puissants de la Ville des Lumières. Ces employeurs voyaient dans ces gentils félins un moyen sûr d’obtenir objets et informations de leurs rivaux.

Larcins, complots et convoitises : la nouvelle ère mécanico-vectorielle ne pouvait en tous points remettre en cause la période proto-évolutionnaire. Partout planait un esprit que les rues de cette ville avait déjà connu : la corruption à tout va, chère aux humains récemment chassés, revenait au galop.
L’Histoire rassemblait ses forces pour, une fois de plus, mieux se mettre en mouvement.

#EPISODE 6 Le Royaume du Lion Survivant

streetart par ardif à Paris près de la bnf rue rené goscinny lion mécanique

La Ville des Lumières se divisait en quartiers, chacun avec à sa tête une espèce. Les représentants de ces quartiers formaient ensemble le Conseil qui veillait à ce que l’équilibre, trouvé dans la douleur au lendemain de la Grande Coupure, fut maintenu. Cependant, un territoire échappait à l’autorité du Conseil : le Royaume de la Marche Sud-Est.

Avant la prise de la Ville par les armées mécanico-vectorielles, les lions exerçaient une autorité absolue sur l’ensemble de cette faune. C’est à eux que prêtèrent allégeance tous les animaux car les lions avaient seuls œuvré à les unifier tous, leur promettant le renversement des Humains et l’avènement de leur ère. Ils les avaient organisés en armée, leur avaient enseigné la tactique. Ils savaient où frapper pour mettre l’ennemi en déroute et rapidement prendre le contrôle des points stratégiques.

Leur force et leur sagesse politique furent bien tôt reconnues par tous, ceux qui les admiraient comme ceux qui souhaitaient en tirer profit. Pour ces derniers, les lions apparaissaient comme un parfait fer de lance pour enfoncer les lignes adverses. Néanmoins, passée cette utilité, il leur faudrait se débarrasser d’eux pour prendre le pouvoir.
Aussi ces espèces animées par la convoitise passèrent une entente entre elles et livrèrent à l’ennemi les positions des généraux félins. Elles laissèrent ainsi les lions mener l’assaut et se perdre dans les affrontements meurtriers les opposant aux Humains qui les attendaient. Elles profitèrent de cette diversion pour s’emparer chacune de leur quartier.

Les lions étaient décimés et un seul d’entre eux survécut. Avec sa cour de fidèles et les restes de son armée, il parvint à prendre le contrôle des zones Sud Est de la Ville, noeud indispensable de l’alimentation électrique et siège central des connaissances scientifiques et technologiques réunies au sein de la Grande Bibliothèque.

Ce butin de guerre, si chèrement acquis, força le Conseil à reconnaître le Royaume du Lion Survivant. L’avance technologique de ce dernier lui permettait en effet de faire peser une menace politique et militaire dangereuse sur le fragile équilibre que ses voisins morcelés en quartiers avait construit. Il était une force avec laquelle il fallait compter, un mâle nécessaire.


L’histoire se poursuit prochainement. En attendant, retrouvez le bestiaire d’Ardif sur sa galerie Instagram et sa page Facebook.

Les épisodes sont également disponibles sur Instagram sur #avenementmecanicovectoriel.

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